
Douleur d’épaule la nuit : et si c’était le sus-épineux ?
Le sus-épineux (ou supra-épineux) est le tendon de la coiffe des rotateurs le plus souvent touché en cas de douleur d’épaule d’origine tendineuse. Son atteinte peut expliquer la douleur qui réveille la nuit, la gêne pour lever le bras et la perte de force dans les gestes du quotidien.
Cet article explique le rôle de ce tendon, les signes qui doivent alerter, les examens utiles et les situations où une chirurgie est discutée. Il reflète la pratique du Dr Alexandre Cerlier, chirurgien orthopédiste de l’épaule à Marseille et aux Pennes-Mirabeau.
Le sus-épineux : un tendon qui centre l’épaule
Le sus-épineux est un muscle situé au-dessus de l’épine de l’omoplate. Son tendon passe sous l’acromion pour s’insérer sur la tête de l’humérus. Il fait partie de la coiffe des rotateurs, avec l’infra-épineux, le petit rond et le subscapulaire.
Il a deux rôles. Il participe à l’élévation du bras, surtout au début du mouvement, et il maintient la tête de l’humérus bien centrée dans la glène pendant que les autres muscles travaillent.
Son passage dans l’espace étroit situé sous l’acromion l’expose aux frottements. Près de son insertion sur l’os, le tendon est de plus moins bien vascularisé : c’est là que la plupart des ruptures commencent.
Pourquoi le sus-épineux se rompt-il ?
Dans la majorité des cas, la rupture résulte d’une usure progressive du tendon, plus rarement d’un traumatisme.
- L’âge. La fréquence des ruptures augmente nettement avec les années : dans une étude en population générale par échographie, une rupture transfixiante était retrouvée sur 20,7 % des épaules examinées [1].
- Les microtraumatismes. Gestes répétés au-dessus de la tête, travail manuel, certains sports [2].
- Le traumatisme. Chute sur l’épaule ou effort brutal, y compris chez le sujet plus jeune [2].
- Le terrain. Tabagisme, excès de cholestérol et prédisposition familiale sont décrits [2]. Le diabète, l’hypertension et le cholestérol multiplient le risque d’environ 1,4 à 1,5 fois [3].
Les symptômes d’une atteinte du sus-épineux
Une atteinte du sus-épineux provoque d’abord une douleur, puis une perte de force si la rupture s’étend.
- Douleur d’épaule, souvent nocturne, qui gêne le sommeil sur le côté atteint
- Douleur en levant le bras sur le côté ou au-dessus de la tête
- Difficulté dans les gestes du quotidien : se coiffer, attraper un objet en hauteur, enfiler un vêtement
- Faiblesse du bras, parfois impossibilité de le maintenir en l’air dans les formes évoluées
- Douleur brutale après une chute ou un effort, signe possible de rupture traumatique
Une rupture peut aussi rester silencieuse : près de 17 % des personnes porteuses d’une rupture ne rapportaient aucun symptôme dans l’étude citée plus haut [1]. L’imagerie ne suffit donc jamais seule, elle doit être confrontée à l’examen clinique.
Comment le diagnostic est-il posé ?
Le diagnostic repose sur l’examen clinique, complété par l’imagerie.
Lors de la consultation, le Dr Cerlier évalue la mobilité de l’épaule et la force de chaque tendon de la coiffe. Des manœuvres spécifiques testent le sus-épineux : elles recherchent une douleur ou une perte de force quand le bras est élevé dans le plan de l’omoplate, pouce vers le bas.
Les examens d’imagerie utiles sont les suivants.
- Radiographies de l’épaule, pour rechercher une arthrose ou une anomalie osseuse.
- Échographie, examen de première intention qui visualise les tendons et peut être réalisée en consultation.
- IRM ou arthroscanner, pour préciser la taille de la rupture et la qualité du muscle. L’arthroscanner peut être réalisé en clinique.
Une radiographie et une échographie constituent le minimum. Dans l’idéal, elles sont complétées par une imagerie en coupe, IRM ou arthroscanner.
Le traitement non chirurgical en première intention
En l’absence de déficit majeur, le traitement de première intention est conservateur.
Il associe antalgiques, anti-inflammatoires ponctuels, éventuellement une infiltration guidée par échographie et surtout la kinésithérapie. La rééducation vise à retrouver la mobilité, puis à renforcer les muscles stabilisateurs de l’omoplate et les tendons restants. Menée sur plusieurs semaines, elle améliore souvent nettement la fonction, y compris en présence d’une rupture.
Une rupture ne justifie donc pas toujours une opération. Dans un suivi prospectif sur dix ans, environ 27 % des patients traités d’abord par rééducation pour une rupture non traumatique ont finalement été opérés [4].
Quand envisager une chirurgie ?
Une chirurgie est discutée dans trois situations.
- Rupture traumatique récente chez un patient actif. Une réparation précoce, idéalement avant 3 mois, limite la rétraction du tendon et la dégénérescence graisseuse du muscle.
- Échec d’un traitement conservateur bien conduit, après 2 à 3 mois de kinésithérapie.
- Déficit fonctionnel important.
Plusieurs critères guident la décision : la taille de la rupture, l’âge, la qualité du muscle et l’activité du patient. Une rupture de plus de 1 à 1,5 cm tend à s’agrandir plus vite, tandis qu’un âge supérieur à 70 ans ou une infiltration graisseuse avancée orientent plutôt vers un traitement conservateur [2].
Quand la rupture est massive et irréparable, avec une arthrose évoluée, la réparation du tendon n’est plus adaptée. Une prothèse inversée peut alors être discutée.
La réparation arthroscopique du sus-épineux
La réparation consiste à réinsérer le tendon sur l’humérus à l’aide d’ancres, par arthroscopie.
Trois à quatre petites incisions de quelques millimètres suffisent. Une caméra permet de travailler à l’intérieur de l’articulation : le tendon est ramené sur son insertion osseuse, puis fixé par les ancres. Selon le bilan, un geste sur le tendon du long biceps (ténotomie ou ténodèse) ou une acromioplastie peut être associé.
Le geste peut être réalisé sous anesthésie locale, ce qui facilite la récupération. L’intervention se fait en ambulatoire ou avec une nuit d’hospitalisation. Les lieux d’intervention sont détaillés sur la page lieux d’exercice.
Les suites de l’opération
Une immobilisation est nécessaire : de 0 à 6 semaines selon la taille de la rupture et la qualité du tendon, et en général autour de 3 semaines dans la pratique du Dr Cerlier. La récupération se déroule ensuite en trois temps.
- Jusqu’à la 3e semaine environ. Immobilisation et rééducation passive uniquement.
- De la 3e à la 12e semaine. Rééducation active assistée, puis renforcement progressif.
- Du 4e au 6e mois. Reprise du sport et des activités manuelles lourdes.
L’arrêt de travail varie de 1 à 4 mois selon la profession.
Le tendon ne cicatrise pas toujours : une méta-analyse de plus de 30 études rapporte un taux de re-rupture de 15 à 21 % selon le délai de contrôle [5]. L’âge, la taille initiale de la rupture et l’infiltration graisseuse du muscle influencent la cicatrisation, d’où l’intérêt d’un avis précoce.
Questions fréquentes
Un sus-épineux rompu se répare-t-il tout seul ?
Un tendon rompu ne se recolle pas spontanément à l’os. Le traitement conservateur vise à soulager la douleur et à retrouver la fonction, pas à réparer le tendon. De nombreux patients vont pourtant bien avec la rééducation, notamment les moins actifs.
Une rupture du sus-épineux peut-elle s’aggraver ?
Elle peut s’agrandir avec le temps, surtout lorsqu’elle dépasse 1 à 1,5 cm [2]. Un suivi est donc utile.
Faut-il une IRM avant de consulter ?
Non. Une radiographie et une échographie suffisent pour un premier avis. Une imagerie en coupe, IRM ou arthroscanner, est idéalement ajoutée ensuite.
Peut-on être opéré sous anesthésie locale ?
Le geste peut être réalisé sous anesthésie locale. Le choix est discuté en consultation selon votre situation.
Combien de temps avant de retrouver toute sa force ?
Il faut compter 4 à 6 mois pour reprendre le sport et les activités manuelles lourdes.
Consulter le Dr Cerlier à Marseille et aux Pennes-Mirabeau
Le Dr Alexandre Cerlier reçoit au 67 boulevard de la Corderie (Marseille 7e) et au 189 ter avenue François Mitterrand (Les Pennes-Mirabeau). Spécialisé en chirurgie de l’épaule et de la main, il est formateur IRCAD et membre de la Société Francophone d’Arthroscopie, de la SOFEC et de la Société Française de Chirurgie de la Main.
Venez avec vos radiographies et votre échographie si vous en avez : elles permettent de poser plus vite une indication claire.
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Pour aller plus loin : rupture de la coiffe des rotateurs · chirurgie de l’épaule à Marseille
Références
[1] Yamamoto A, Takagishi K, Osawa T, et al. Prevalence and risk factors of a rotator cuff tear in the general population. J Shoulder Elbow Surg. 2010;19(1):116-120.
[2] Tashjian RZ. Epidemiology, natural history, and indications for treatment of rotator cuff tears. Clin Sports Med. 2012;31(4):589-604.
[3] Giri A, O’Hanlon D, Jain NB. Risk factors for rotator cuff disease: a systematic review and meta-analysis of diabetes, hypertension, and hyperlipidemia. Ann Phys Rehabil Med. 2023;66(1):101631.
[4] Kuhn JE, Dunn WR, Sanders R, et al. The Predictors of Surgery for Symptomatic, Atraumatic Full-Thickness Rotator Cuff Tears Change Over Time: Ten-Year Outcomes of the MOON Shoulder Prospective Cohort. J Bone Joint Surg Am. 2024;106(17):1563-1572.
[5] Longo UG, Carnevale A, Piergentili I, et al. Retear rates after rotator cuff surgery: a systematic review and meta-analysis. BMC Musculoskelet Disord. 2021;22(1):749.
