Chirurgien orthopédiste à Marseille, le Dr Alexandre Cerlier prend en charge les ruptures de la coiffe des rotateurs, du traitement médical à la réparation arthroscopique.
Qu’est-ce qu’une rupture de la coiffe des rotateurs ?
La coiffe des rotateurs est un ensemble de quatre muscles et tendons (supra-épineux, infra-épineux, subscapulaire et petit rond) qui stabilisent et mobilisent l’épaule. Une rupture, partielle ou transfixiante, résulte le plus souvent d’une usure tendineuse liée à l’âge ou d’un traumatisme (chute, effort brutal). Le tendon du supra-épineux est le plus souvent concerné.

Anatomie de la coiffe des rotateurs (vue postérieure et antérieure) – schéma réalisé pour le cabinet du Dr Cerlier Alexandre, chirurgien orthopédiste spécialiste de la chirurgie de la coiffe des rotateurs à Marseille.
Incidence et fréquence de la rupture de la coiffe des rotateurs
La rupture de la coiffe des rotateurs est une pathologie très fréquente : une étude en population générale, explorant systématiquement les deux épaules par échographie, a retrouvé une rupture transfixiante chez 20,7 % des épaules examinées, avec une prévalence augmentant nettement avec l’âge[1].
Point important : près de 17 % des personnes porteuses d’une rupture ne rapportaient aucun symptôme au moment de l’examen, ce qui souligne la nécessité de toujours confronter l’imagerie à la clinique avant toute décision thérapeutique[1].
Facteurs de risque reconnus de rupture de la coiffe des rotateurs
Au-delà du vieillissement tendineux naturel, plusieurs facteurs de risque de rupture de la coiffe des rotateurs sont aujourd’hui bien identifiés dans la littérature scientifique : l’âge avancé, les microtraumatismes répétés liés à certaines activités professionnelles ou sportives, un traumatisme aigu, le tabagisme, l’hypercholestérolémie et une prédisposition génétique[5].
Une méta-analyse récente a confirmé le rôle des pathologies métaboliques dans la survenue d’une rupture de la coiffe : le diabète multiplie le risque par environ 1,5, l’hypertension artérielle par 1,4 et l’excès de cholestérol par environ 1,5[6].
Le surpoids, l’exercice d’un travail manuel lourd et répétitif ainsi que l’âge sont également associés à un risque accru de rupture bilatérale de la coiffe, ce qui doit être pris en compte dans le suivi des patients présentant déjà une atteinte d’une épaule[7].
Enfin, des travaux plus récents mettent en évidence une composante génétique : certaines variations de gènes impliqués dans l’homéostasie de la matrice extracellulaire du tendon sont associées à une susceptibilité accrue à la rupture[8].
Symptômes
- Douleur d’épaule, souvent nocturne, gênant le sommeil sur le côté
- Douleur à l’élévation du bras et lors des mouvements au-dessus de la tête
- Perte de force, difficulté à lever le bras dans les formes évoluées
- Craquements ou accrochages douloureux
Diagnostic
L’examen clinique recherche des signes spécifiques d’atteinte de la coiffe des rotateurs. L’échographie de l’épaule, réalisable en consultation, est l’examen de référence pour visualiser les tendons ; elle peut être complétée par une IRM ou un arthroscanner afin de préciser la taille de la rupture et la qualité musculaire.
Traitement médical et rééducation
Conformément aux recommandations de la Haute Autorité de Santé et aux données de la science, le traitement de première intention d’une rupture de coiffe, en l’absence de déficit majeur, repose sur une prise en charge conservatrice associant antalgiques, anti-inflammatoires ponctuels, éventuelle infiltration écho-guidée, et surtout kinésithérapie.
La rééducation vise à restaurer progressivement la mobilité passive puis active de l’épaule par des techniques de mobilisation douce et adaptée, à renforcer les muscles stabilisateurs de l’omoplate et les rotateurs restants, et à corriger les compensations posturales. Un programme structuré sur plusieurs semaines, avec mobilisation progressive et travail actif encadré, permet souvent d’améliorer nettement la fonction, y compris en présence d’une rupture, en particulier chez le patient peu actif.
Quand envisager la chirurgie ?
En cas d’échec du traitement médical bien conduit, de rupture traumatique récente chez un patient actif, ou de déficit fonctionnel important, une réparation arthroscopique de la coiffe des rotateurs peut être proposée : elle consiste à réinsérer le tendon sur son insertion osseuse à l’aide d’ancres. Une rééducation post-opératoire encadrée, débutant par une mobilisation passive protégée puis active, est indispensable à la récupération.
La chirurgie de la coiffe des rotateurs en France : quelques chiffres
D’après les données nationales du PMSI, la chirurgie de l’épaule a fortement progressé en France, avec 234 612 interventions recensées en 2018, soit une hausse de 24,5 % par rapport à 2012[2].
La chirurgie de la coiffe des rotateurs représente à elle seule 74 % de cette activité (173 799 interventions en 2018, dont 61 055 réparations tendineuses), et les projections démographiques anticipent une poursuite de cette croissance dans les prochaines décennies[2].
Cicatrisation tendineuse et facteurs influençant les résultats
Une méta-analyse portant sur plus de 30 études rapporte un taux de re-rupture (échec de cicatrisation confirmé par imagerie) compris entre 15 et 21 % selon le délai de contrôle post-opératoire[3].
Les principaux facteurs associés à une moins bonne cicatrisation sont liés au patient (âge avancé, taille importante de la rupture initiale, degré d’infiltration graisseuse musculaire) ainsi qu’à la prise en charge (protocole de rééducation, technique chirurgicale)[3].
Concernant le recours à la chirurgie elle-même, un suivi prospectif sur dix ans montre qu’environ 27 % des patients traités initialement par rééducation pour une rupture atraumatique sont finalement opérés : de faibles attentes envers la kinésithérapie sont associées à une chirurgie précoce, tandis que le statut professionnel et le niveau d’activité influencent davantage une décision chirurgicale plus tardive[4].
Certains critères précis orientent la décision chirurgicale : une rupture de plus de 1 à 1,5 cm de diamètre tend à s’agrandir plus rapidement dans le temps, tandis qu’un âge supérieur à 70 ans ou une infiltration graisseuse musculaire avancée orientent davantage vers un traitement conservateur[5].
Références
[1] Yamamoto A, Takagishi K, Osawa T, et al. Prevalence and risk factors of a rotator cuff tear in the general population. J Shoulder Elbow Surg. 2010;19(1):116-120.
[2] Villatte G, Erivan R, Barth J, et al. Progression and projection for shoulder surgery in France, 2012-2070. Orthop Traumatol Surg Res. 2020;106(6):1067-1077.
[3] Longo UG, Carnevale A, Piergentili I, et al. Retear rates after rotator cuff surgery : a systematic review and meta-analysis. BMC Musculoskelet Disord. 2021;22(1):749.
[4] Kuhn JE, Dunn WR, Sanders R, et al. The Predictors of Surgery for Symptomatic, Atraumatic Full-Thickness Rotator Cuff Tears Change Over Time : Ten-Year Outcomes of the MOON Shoulder Prospective Cohort. J Bone Joint Surg Am. 2024;106(17):1563-1572.
[5] Tashjian RZ. Epidemiology, natural history, and indications for treatment of rotator cuff tears. Clin Sports Med. 2012;31(4):589-604.
[6] Giri A, O’Hanlon D, Jain NB. Risk factors for rotator cuff disease: a systematic review and meta-analysis of diabetes, hypertension, and hyperlipidemia. Ann Phys Rehabil Med. 2023;66(1):101631.
[7] Abate M, Di Carlo L, Salini V, Schiavone C. Risk factors associated to bilateral rotator cuff tears. Orthop Traumatol Surg Res. 2017;103(6):841-845.
[8] Figueiredo EA, Casilla Loyola L, Belangero PS, et al. Rotator cuff tear susceptibility is associated with variants in genes involved in tendon extracellular matrix homeostasis. J Orthop Res. 2020;38(1):192-201.
